mercredi 28 novembre 2012

Cinéma, Alain Resnais, Vous n'avez encore rien vu



une très gde soirée cinéma

Larges extraits d'1 analyse de Sigfried Forster, 26 septembre 2012 

«Vous n’avez encore rien vu» d'Alain Resnais, le testament de la transmission éternelle

A 90 ans, Resnais nous ouvre les yeux sur la transmission universelle et éternelle qui habite le théâtre et le cinéma. Au cœur du récit : une adaptation d’Eurydice de Jean Anouilh.Sabine Azéma, Pierre Arditi, Anne Consigny, Anny Duperey, Lambert Wilson, Michel Piccoli, Denis Podalydès, Michel Robin, Mathieu Amalric… beaucoup de noms d’acteurs très connus à l’affiche, cela annonce souvent des réunions de famille d’un intérêt artistique plutôt moindre. Chez Alain Resnais, ce n’est pas le spleen qui le pousse à faire son film, c’est la quintessence du théâtre : la transmission des valeurs humaines. En l’occurrence, il s'agit de la pièce Eurydice, de la question éternelle et existentielle de l’amour et de la mort, de l’amour au-delà de la mort. Toutes les stars à l’affiche l’ont interprétée et apportent leur rage de l’époque à la pièce d’aujourd’hui.
Le projet d’Alain Resnais vient de loin. L’origine se situe à l’époque de l’occupation allemande, en 1942. Le jeune cinéaste sort totalement troublé d’une représentation d’Eurydice, la pièce de Jean Anouilh. C’est ce bouleversement qu’il transmet aujourd’hui, soixante-dix ans après !
Ce qu’on voit à l’écran, ce n’est pas du cinéma, c’est autre chose, une forme cinématographique-théâtrale inventée par Alain Resnais. Quelque chose qui se rapproche à une restitution originale et théâtrale d’une pièce de théâtre filmé, vécue de plusieurs manières et prolongé dans notre temps actuel avec une interprétation d’une jeune compagnie, également filmée (par un autre réalisateur, Bruno Podalydès) et entrecoupée dans le récit. Tout en respectant l’unité d’action, de lieu et de temps, assurée par le pendule de Foucault qui balaie un grand nombre de plans.
Les souvenirs de tous ces acteurs qui avaient, un jour, également interprété Eurydice ou Orphée sur les planches, se mêlent alors aux expériences et sentiments de la jeune troupe qui s’exerce dans un entrepôt désert avec la même ferveur que leurs aînés il y a dix, vingt ou cinquante ans. L’enjeu : la jeune troupe doit convaincre pour obtenir les droits de représentation. Tout cela sonne extrêmement compliqué, mais cela ne se voit pas à l’écran. Resnais rend tout limpide, logique, convaincant et bouleversant.
Vous n’avez encore rien vu est un film dans le film, une pièce de théâtre qui accouche d’autres pièces du même titre, du même sujet. Resnais a beau multiplier les coupes, les montages, échanger les réalisateurs et interprètes, doubler ou même tripler les répliques, le récit ne rompt pas ! Les sentiments s’expriment différemment, mais le fond de l’émotion, de l’expérience ne change pas !
Resnais fait alors la démonstration que s'il est possible de transférer la pièce d’un support à l’autre, d’un lieu à l’autre, d’une génération à l’autre et tout cela dans la même pièce, dans le même film, alors la transmission est réellement capable d’être universelle et éternelle. Le maître nous fait vivre une tragédie qui n’est ni cinématographique ni théâtrale, ni française, ni grecque, mais tout simplement humaine.

Cet autre commentaire (extraits) , de Didier Flori:
"Vous n'avez encore rien vu" jongle avec bonheur entre ses différents niveaux de mise en abyme, avec une mise en scène bicéphale (Bruno Podalydès s'étant chargé de la représentation dont les invités prestigieux sont spectateurs). Mais c'est aussi une réflexion sur les liens profonds entre l'art et la mort.
Le choix d'"Eurydice" d'Anouilh se justifie alors, tant Resnais illustre au fond l'idée évoquée dans la pièce que l'empreinte des amants d'un jour reste toujours en nous, appliquée au théâtre. Si les comédiens se mettent finalement à rejouer la pièce comme malgré eux, c'est qu'ils sont possédés par les rôles qu'ils ont interprétés dans leur passé.
La mort est donc une invitée centrale de "Vous n'avez encore rien vu", mais il est remarquable que le film n'en revêt pas un aspect morbide pour autant. Bien que le réalisateur de 90 ans pose la question de ce qu'il reste une fois la fin venue (celle de la vie comme d'une représentation de théâtre), sa réponse tient plus de la résurrection que de l'éloge funèbre. Cette résurrection prend la forme d'une relecture globale par Resnais de son œuvre passée, qu'il fait revivre sous de nouvelles formes.
Ainsi les plans sur les spectateurs / acteurs immobiles évoquent les personnages figés de "L'année dernière à Marienbad" ; l'atmosphère du château où sont réunis les invités n'est pas sans évoquer "La vie est un roman" et les décors numériques changeants rappellent la géographie variable de ceux de "Providence" ; les scènes et répliques jouées plusieurs fois renvoient au jeu de répétitions et variations au cœur de "Smoking / No smoking", etc. Le repérage des auto-citations innombrables constitue alors un jeu de piste passionnant pour les connaisseurs de l'œuvre du cinéaste.

Et ceci encore, car j'adhère à ces critiques lues, de Pascal MérigeauAlors comme ça, nous n'aurions encore rien vu ? Pour oser le prétendre, il faut être un de ces fous qui s'émerveillent d'inventer ce qu'ils ont négligé d'apprendre. Ou au contraire connaître assez le cinéma pour avoir compris que l'on n'en sait rien. Alain Resnais a amplement mérité que le spectateur l'entende, s'il affirme que nous n'avons encore rien vu, c'est que, peut-être, c'est vrai. Encore faut-il qu'il livre des preuves. Ce à quoi il s'emploie, s'amusant de sa propre ambition au point d'élire pour terrain de jeu une terre labourée déjà, en choisissant pour prétexte le théâtre d'Anouilh, on sait des registres plus nouveaux. Du neuf avec du vieux, alors ? Oui, mais sans y paraître, surtout, avec pour complices des acteurs qui à l'ouverture se présentent sous leur nom à eux, qui se nomment Azéma, Piccoli, Consigny, Arditi, et auxquels il demande seulement de jouer, avec lui, entre eux, pour et avec le spectateur. Alors, rien de déjà vu, vraiment ? En effet, et rien d'entendu, car les voix chez Alain Resnais importent autant que les gestes, autant que les visages, et quel plus grand bonheur que d'entendre des acteurs dire tour à tour les mêmes mots, créant alors ce sentiment vertigineux par lequel on se sent transporté d'un monde à un autre, de la scène à l'écran, d'une réplique prononcée à vingt ans à la même dite quarante années après, d'une situation vécue jadis et soudain répétée. Les mots sont les mêmes, les sensations qu'ils suscitent se ressemblent et sont sans pareilles pourtant. Une phrase aussi neutre que celle lancée par le garçon de café (Michel Robin) d'abord à Lambert Wilson et, pour suivre, à Pierre Arditi prend ainsi, à l'instant, une résonance nouvelle, se charge d'une émotion différente, de même la litanie des « prix fixes » énumérés par Michel Piccoli sonne comme un coup de grâce qu'à lui-même un vieil homme se donne, qui au milieu de ses valises affale, n'en finit pas de descendre. De même… mais la description est sans objet, il faut regarder, il faut écouter, il faut y aller voir, pour savoir, que non, de ce qui fait la pâte de ce film, jusqu'à ce jour nous ignorions tout encore.



Et comme il aime ses acteurs, des 1ers aux petits rôles, comme il prend le temps avec eux!
Je me rends compte aussi combien A. Resnais a marqué mon histoire avec des films essentiels. Hiroshima mon amour, le double choc de la rencontre de Resnais et de Duras. La guerre est finie, autre choc. La vie est un roman, que j'ai travaillé sans jamais l'épuiser. Il y a eu aussi, mais qui m'ont moins touchée: L'année dernière à Marienbad, Mon oncle d'Amérique, StaviskySmoking, no smoking. Des films qui sont à chaque fois aventure différente!

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