samedi 8 décembre 2012

Théâtre: KOHLHAAS, d'après Heinrich von Kleist


KOHLHAAS par le Théâtre Agora, de Saint-Vith.
Au Théâtre des 4 Mains
Tiré de Michael Kohlhaas, de Heinrich von Kleist, 1810 (traduit par Armel Guerne, Phébus, 1983).
M'a donné l'occasion de découvrir ceci:
Kleist, en qui chacun reconnaît aujourd'hui le « vrai poète tragique de l'Allemagne », resta tout à fait incompris de ses contemporains. Rejeté par Goethe avec la brutalité meurtrière que l'on sait, alors que Kleist lui soumettait sa Penthésilée dans les termes d'une humilité devenue fameuse (« je mets mon cœur à genoux devant vous  » - lettre du 24 janvier 1808), il ne fut jamais accepté par les Romantiques eux-mêmes qu'avec réticence, gêne ou embarras. Il faudra attendre Nietzsche pour que la « singularité » encombrante de Kleist soit reconnue pour ce qu'elle est : la sublime « impossibilité de vivre » une existence privée d'absolu. Et Nietzsche cite la lettre, devenue fameuse elle aussi, où Kleist dit comment la lecture de Kant l'a réduit au désespoir, lui retirant tout but, une existence condamnée au relatif devenant l'« incurable » même.
Sur sa tombe un vers tiré du Prince de Hombourg : « Nun, o Unsterblichkeit, bist du ganz mein », Maintenant, ô immortalité, tu es toute à moi !


Et ceci sur la marionnette, dans le prolongement de certaines théories théâtrales belges évoquées dans le mémoire de Julie:

  • Sur le théâtre de marionnettes.
Cet essai aborde la question de la grâce au théâtre. Le poète converse avec un premier danseur de l'opéra, qui place les marionnettes au-dessus de l'homme. Il prétend qu'un danseur qui veut se perfectionner peut beaucoup apprendre d'elles. Car elles ont un avantage : l'absence de sentiments, d'affectation. L'homme, au contraire, est un être conscient et est le plus souvent à la recherche de l'effet à produire. Or voilà ce qui empêche la grâce d'advenir. La grâce apparaît si le danseur est inconscient de la beauté du geste effectué. L'homme, qui possède la connaissance et l'affectation, est plus lourd que la marionnette, innocente, spontanée. Elles ne connaissent rien de l'inertie de la matière : elles effleurent seulement le sol. Leur état d'innocence les place entre la conscience infinie d'un dieu et la spontanéité d'un animal. L'artiste qui veut convoquer la grâce dans son art devra travailler à se rapprocher de ces deux extrémités : conscience infinie ou inconscience animale.

Lorsque je passerai à Joux, de retour de Suisse, je penserai que prisonnier de guerre en France, il a été incarcéré au fort de Joux du 5 mars au 9 avril 1807

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