mercredi 8 août 2012

Lecture Erri De Luca, Pas ici, pas maintenant

"Non ora, non qui". 1989, 1er roman de De Luca (1950 -) en italien. Première parution française sous le titre: "Une fois, un jour", 92. Le mystère des titres! Et pourquoi, se rapprochant de l'originel, l'inversion  "Pas ici, pas maintenant"?
Bcp de choses à dire pour un livre si minuscule. Un regard sur l'enfance aucunement marqué par les stéréotypes, d'une vérité abrupte comme on en lit chez Rilke? Et cette particularité d'un enfant qui aura été plus heureux (si le mot convient, il n'y a pas de mots) dans la petite rue misérable de Naples que dans la "belle maison" plus tard. Orphelin de cette première maison et de cette pauvreté-là (sans mots), pourtant pas idéales ni idéalisées. Tout se déglingue un peu pour lui, sans "explication rationnelle", dans cette maison où les parents, ruinés par la guerre, retrouvent leur aisance.
Beaucoup de la vie se passe comme en "décalage". Est-on jamais ici et maintenant?
"Nous avons vécu avec des personnes que nous aimions sans le savoir, que nous maltraitions sans nous en douter : un beau jour elles disparaissent et on n'en parle plus. Elles ont laissé une odeur d'eau de javel dans notre main qu'elles ont serrée, une caresse rêche et maladroite, elles ont lavé nos sols en chantant avec une gaieté que nous n'avons jamais ressentie. Telle fut leur vie irréductible que nous avons ignorée tant qu'elle fut parmi nous et dont aujourd'hui nous prenons conscience seulement parce que nous l'avons perdue. Je t'en parle, maman, car il en sera de même entre nous."
ou: "Tu héritas d'un fils inapte aux devoirs que tu lui réservais, un enfant troublé qui, au jeu de l'incompréhension avec toi, accumulait des bribes d'identité"
"Tu avais raison, la plupart des choses qui me sont arrivées n'étaient que des erreurs de temps et de lieu et l'on pouvait bien dire : pas maintenant, pas ici"
"Je n'avais pas de chambre d'enfant : j'étais l'hôte des livres de mon père"
"Je vois notre ville tenue en main par des gens qui l'ont vendue à l'armée américaine... Je vois que personne ne s'en soucie, personne ne s'en indigne, n'en a honte. Je vois que la guerre nous a humiliés. Ailleurs, elle est finie depuis longtemps, chez nous, elle continue".
"Nous vivons en Italie ... mais nous ne sommes pas Italiens". etc…
Si je devais travailler cette œuvre, ce serai sous le motif de cette "inadéquation", de ce "pas de côté" de ce bégaiement qui a été le sien.

Un article fouillé ds Wikipedia.

« La vie est un long trait continu et mourir, c'est aller à la ligne sans le corps. Je vois les piqués des oiseaux dans le creux des vagues, et même le poisson qui a toute la mer pour se cacher ne peut se sauver. Et les oiseaux qui volent au-dessus : chacun est seul et sans alliance avec l'autre. L'air est leur famille, pas les ailes des autres. Chaque nouvel œuf déposé est une solitude. Et moi, dans l'obscurité des braises, je fais une omelette de solitude pour me rassasier. » (Tre Cavalli)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire